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Jean-François Bérubé : Profession – photographe
Âgé de 41 ans au moment de la rédaction de cet article en juillet 2000, Jean-François Bérubé est photographe professionnel depuis une quinzaine d’années. Spécialiste du portrait, il a à son actif une quarantaine d’albums ainsi que des dizaines de couvertures de livres, magazines et hebdomadaires. Jean-François a développé une complicité avec plusieurs créateurs québécois et il nous livre les secrets d’une photo réussie.
Parle-nous de la préparation d’une séance de photo.
D’abord il faut que les artistes, auteurs-compositeurs-interprètes, chanteurs ou groupes, fassent leur bout de chemin. Je leur conseille de rassembler du matériel : des photos d’eux s’ils en ont, celles qu’ils ont aimées ou même celles qu’ils détestent, puis aussi d’autres images qui leur plaisent, que ce soit tirées de revues ou de pochettes d’albums. Ensuite, on discute, on détermine quelles photos prendre en studio ou en extérieurs.
Quand je les rencontre pour la première fois, j’essaie de les observer, de voir leurs tics, leurs gestes, tout ce qui leur vient naturellement. Après, au moment de la pose, on pourra essayer de reproduire ces attitudes avec naturel.
Comment le sujet doit-il se comporter?
Ce qu’il faut savoir, c’est que la plupart des musiciens sont des auditifs et donc le côté visuel n’est pas nécessairement très développé chez eux. Moi je leur demande de s’écouter; s’ils ressentent un malaise, de l’exprimer.
Ou parfois, c’est le contraire, ils s’écoutent peut-être un peu trop. Je vais te conter une anecdote. Pour son disque Le Fou du diable, j’avais demandé à Dan Bigras d’apporter des tee-shirts en plus de ses camisoles fétiches. Il ne voulait rien savoir, mais il en a quand même apporté. On a pris des photos avec les deux, et il a choisi la camisole pour la pochette. Je trouvais qu’il avait tort. Finalement, au lancement du disque, il était en tee-shirt. Et quand il m’a demandé de faire Le Chien, c’était en tee-shirt blanc. Son image a évolué, et à mon avis pour le mieux.
Qu’est-ce que tes sujets doivent apporter pour la séance?
En général, on prévoit quelques changements de garde-robe. Mais je vais te dire que beaucoup de ceux qui débutent n’investissent pas nécessairement dans leurs vêtements. On fait avec ce qu’on a, avec l’aide de la styliste ou de l’agent s’il y a lieu.
Quelle est l’importance de la photo pour la carrière?
Surtout dans les débuts, c’est primordial. Mais c’est souvent là que les jeunes se font avoir. Ils font confiance à des gens qui leur imposent des images qui ne leur vont pas, et après ils doivent aller défendre cette image-là à la télévision ou sur scène. Quand l’artiste a de l’expérience, du vécu, c’est plus facile pour moi. Il sait ce qu’il aime ou non.
Un autre problème, c’est la femme qui atteint la maturité. Parfois, ça prend beaucoup de technique, une grande connaissance de l’éclairage pour donner des photos qui rendent justice au sujet, parce que l’homme qui vieillit, on dit qu’il a du caractère, mais quand c’est la femme, on dit simplement qu’elle a l’air vieille. Diane Dufresne m’a déjà dit « Quand je vais ailleurs, j’ai l’air d’avoir 25 ans de plus, quand c’est toi, j’ai l’air 25 ans plus jeune ».
Et le budget photo?
Alors là, c’est vraiment un problème. Habituellement, les producteurs ne veulent pas consacrer suffisamment d’argent au design de l’album et aux photos, c’est le cadet de leurs soucis. Mon premier album, on m’a offert 500$, matériel compris. Au bout de deux semaines de travail et en calculant le matériel utilisé, j’y étais de ma poche. Quand un musicien m’appelle et me demande si j’ai envie de travailler sur son album, habituellement c’est sûr que j’en ai envie. Mais après il te passe le producteur pour discuter budget. Et c’est là que ça se gâte souvent. Un producteur bien connu m’a déjà dit : « Moi, je vends des carpettes, et sur le disque je veux voir la gueule de ma carpette, c’est tout ». À ce moment-là, c’est impossible de développer des relations. Parce que moi, je ne vois pas un musicien comme une carpette.
C’est sûr qu’on peut aller voir un photographe et un designer débutants. Qui parfois seront bien heureux de faire le travail, et le refaire et le peaufiner pour presque rien. Et parfois c’est bien, mais c’est un risque. Quand on lance un disque, l’image est importante presque autant que le son.
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