

Marc Antoine : du rêve à la réalité
par Stéphane Martel
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| Photo : Laurence Labat |
Bercé par la musique haïtienne de ses parents (le Kompas), la soul, la chanson française, le zouk, mais aussi par Michael Jackson et Stevie Wonder, Marc Antoine se découvre une véritable passion pour la chanson à l’adolescence. C’est à cette époque qu’il fonde avec ses frères un groupe largement influencé par le quatuor vocal américain Boys II Men nommé Eden. Quelques années plus tard, une rencontre déterminante avec le producteur Sonny Black (K.Maro, Corneille, Kulcha Connection) l’aide à forger son identité musicale. Insatisfait des offres des compagnies de disques, le jeune Montréalais d’origine haïtienne fonde son label, les Disques 1804 (année de libération de la population d’Haïti) afin d’acquérir une liberté artistique totale. « C’était difficile pour moi de dénicher une maison de disques qui accepte mon style et mes influences. On me fermait toujours la porte au nez et on désirait manipuler ma musique. Il fallait toujours que j’ajuste mon style à la couleur musicale du moment. Il était nécessaire pour moi de faire ce que je voulais sans être dirigé par qui que ce soit, » confie-t-il.
Épaulé par Sonny Black, Marc Antoine prend tout son temps pour ficeler son premier album complet, Comme il se doit, paru, à l’origine, en 2006. Malgré cette liberté nouvellement acquise, l’homme découvre rapidement qu’il est difficile pour un artiste de R&B contemporain de séduire le public québécois. Décidé et entêté, il part à l’assaut du marché européen.
« Malheureusement, je n’ai pas eu la chance de faire écouter ma musique au public québécois. Il y a un certain manque d’ouverture d’esprit face à la soul et au R&B. Les radios aussi sont responsables. Je trouve que l’on ne laisse pas la chance aux artistes. C’est différent en France. Les gens se foutent de l’endroit d’où tu viens. Ce qui importe, c’est de produire de la bonne musique. Ensuite, le public décide si tu restes pour bâtir une carrière ou tu quittes, » laisse-t-il tomber.
Pari réussi pour l’artiste qui, en plus d’assurer les premières parties de Vitaa (une chanteuse R&B française) et de Boys II Men (ses héros d’adolescence) se construit un fidèle noyau de fans irréductibles. Sans ambages, l’homme explique son succès outre-mer par l’universalité de ses textes. « L’album reflète la vie de beaucoup de gens. Je crois qu’ils se retrouvent dans mes chansons. Si quelqu’un prend le temps d’écouter le disque en entier, je fais le pari qu’il accrochera au moins à un titre ! L’histoire racontée viendra le chercher intérieurement. Lorsque tu racontes une histoire, tout passe par l’émotion. Je vis intensément chacune de mes chansons. Comme chanteur, il faut apprendre à raconter une chanson. C’est ainsi que l’on parvient à rejoindre son public. »
L’amour, toujours l’amour
Empreint de mélancolie et disponible en Europe depuis avril 2008 (référence européenne en matière de black music, la famille Waku fut appelée à retravailler certains morceaux), l’opus porte en lui cette voix suave et caressante et ce goût marqué pour les harmonies épurées et l’émotion à fleur de peau. Alors que « Triste novembre » aborde le sujet délicat de l’inceste,
« J’ai plus ma place », « Je t’échangerai jamais » et « Tant besoin de toi » traitent d’amour et de difficultés relationnelles sous différents angles. Marc Antoine s’est même offert « Je l’aime à mourir », l’immortel titre de Francis Cabrel qu’il adapte à la sauce R&B. À tout moment, l’ancien étudiant en droit souhaite tenir les rênes de l’aspect créatif de ses chansons. « Je peux me retrouver en voiture et penser à une mélodie. C’est alors que je saisis mon cellulaire et que j’enregistre l’air qui me trotte dans la tête ! À d’autres occasions, je griffonne des idées sur des bouts de papier. Chaque chanson a une naissance différente, même si, règle générale, c’est la mélodie qui vient en premier. Le quotidien, tout ce qui m’entoure et qui me touche peut devenir une fontaine d’idées. Il suffit que je regarde autour de moi. Souvent, il m’arrive de parler d’aventures que j’ai vécues personnellement. »
En plus de préparer des escales en Europe et en Tunisie, le jeune homme de 31 ans échafaude sa prochaine galette avec son comparse, Sonny Black. Celle-ci devrait paraître d’ici la fin de l’année au pays de Renaud où Marc Antoine souhaite poursuivre sa série de spectacles. « Tu sais, j’avais développé ma maison de disques afin de faire carrière au Québec. J’ai mis beaucoup d’énergie là-dessus et ça n’a rien donné. Je vais donc consacrer mes énergies là où le R&B est apprécié par un public plus large. Il est important de toujours croire en ses rêves malgré les embûches. Je caressais ce rêve de faire de la musique, j’ai persévéré et j’ai réussi. Je suis la preuve vivante qu’il ne faut jamais lâcher. J’espère que ça incitera de jeunes artistes à ne pas baisser les bras devant l’adversité. »
Friand de musiques aventureuses et détenteur d'un baccalauréat en communications, Stéphane Martel est journaliste pigiste pour l'hebdo Voir depuis quatre ans et travaille sur divers projets littéraires. Attiré par la radio et la télé, il a longtemps animé sur les ondes de CIBL, CISM et CHOQ-FM en plus d'écrire pour diverses publications dont Le Devoir, Métro, Adorable, Nightlife, Longueur d'ondes et Urbania. Il collabore à Paroles & Musique depuis le printemps 2006.
En ligne depuis l’été 2009
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