
POINT DE VUE
Entrevue avec Eric Baptiste : sa vision de l’avenir

Eric Baptiste a succédé à André LeBel en mai dernier, après 12 ans à titre de directeur général de la Confédération internationale des sociétés d'auteurs et compositeurs (CISAC), une association de 225 organisations de droits, de 118 pays, représentant 2,5 millions de créateurs et éditeurs dans les domaines de la musique, l’audiovisuel, les arts visuels, la photographie, la littérature et le théâtre. La CISAC fait la promotion des droits des créateurs dans le monde entier. M. Baptiste a été impliqué de près dans la radiodiffusion, les politiques culturelles et la relève musicale. Il est secrétaire général du conseil de Francophonie Diffusion et président de Radio NEO, un réseau de radio FM non commerciale dédié aux nouveaux talents musicaux. Eric Baptiste est aussi président de ISAN-IA, l’agence désignée par l’ISO pour gérer le standard ISAN d’identification des œuvres audiovisuelles.
M. Baptiste a été directeur général de la radio publique internationale française, RFI, et chef de direction de la station de radio commerciale 95,2 Paris. Il a aussi dirigé plusieurs associations et groupes de l’industrie, tels Musiques France Plus et Vive la Radio, ainsi que le groupe de travail sur les relations entre la radio et l’industrie musicale, qui a produit un rapport sur la convergence numérique. Il est diplômé de l’Institut d’études politiques de Paris (IEP) et de l’École nationale d’administration (ENA), et fut nommé en 2006 chevalier de l’ordre des Arts et des Lettres.
Parlez-nous des principaux facteurs qui vous ont fait poser votre candidature à ce poste?
Durant la plus grande partie de ma carrière, j’ai occupé des postes de direction soit dans le domaine créatif ou dans celui de la radiodiffusion, souvent dans une perspective internationale. J’aimais diriger une organisation internationale, mais après 12 ans à la CISAC, je me sentais prêt à relever un nouveau défi. Le poste de chef de la direction à la SOCAN me permettra de m’impliquer dans une gestion plus quotidienne, comme quand j’étais à la radio. Je connais et j’aime le Canada pour son biculturalisme, son côté amical et avant-gardiste. En plus, grâce à mes contacts personnels à la CISAC, je savais que la SOCAN avait une équipe de direction de premier plan, alors je n’ai pas hésité!
Dans votre expérience et votre formation, quels sont les atouts que vous apportez à la SOCAN?
Ma carrière est un mélange de différentes expériences : lorsque j’étais directeur général de Radio France International, le contexte de la compétition s’est transformé radicalement. Avec mon équipe, nous avons réinventé et restructuré RFI avec succès. Je suis très fier de la décision prise en 1994, de faire de RFI est le premier média français sur l’Internet. Il n’y avait pas les navigateurs et le web que nous connaissons aujourd’hui, et donc nos contenus n’étaient disponibles que sur le réseau « Gopher », surtout visité par les Américains.
J’ai aussi présidé les conseils de plusieurs associations du domaine de la musique et de la radio, ce qui m’a permis d’étudier les relations entre créateurs, interprètes, compagnies de disques, radiodiffuseurs et télédiffuseurs et le gouvernement.
Je me suis joint à la CISAC à un moment clé : nous l’avons modernisée et mieux fait connaître, nous avons renoué les relations avec les créateurs et aidé les sociétés membres à développer des solutions technologiques pour faire face aux défis du numérique. Nous avons acquis une meilleure compréhension des marchés actuel et futur des œuvres et des tendances internationales dans la perception des redevances. En plus, j’ai beaucoup bénéficié de travailler dans un bain multiculturel, puisque les sociétés membres et le personnel proviennent du monde entier.
Quels sont les défis principaux des organisations de droits d’exécution, selon vous?
Je vois d’abord leurs forces : nous avons acquis la confiance de nos membres, bien que nous devrons travailler fort pour la conserver. Nous sommes reconnus de plus en plus par les utilisateurs majeurs d’œuvres comme de « facilitateurs utiles » leur donnant accès aux œuvres des créateurs, par opposition à un univers où la gestion des droits serait fragmentée. Nous avons des employés passionnés et enthousiastes. Et nous devons nous dépasser encore. En revanche, au contraire d’autres joueurs de l’industrie musicale, nous ne devrions pas avoir à réinventer notre modèle d’affaires : les organisations de droits d’exécution ont toujours été efficaces dans la surveillance des petits et gros utilisateurs de musique, dans la perception et distribution aussi exacte que possible des redevances appropriées aux dizaines de milliers d’ayants droit.
Cela dit, nous avons de gros défis devant nous. Nous devons nous adapter à des transactions de méga, giga, pétaoctets (téléchargements, lectures en transit, etc.) qui génèrent peu d’argent même pour les compagnies opérant ces services. Je suis persuadé que la SOCAN a des plans solides pour faire face à ce défi. Mais c’est surtout à un changement de mentalité vis-à-vis du droit d’auteur que nous devrons nous attaquer : nous sommes en danger de voir la jeune génération refuser de payer pour ses téléchargements si nous ne sommes pas en mesure d’ouvrir un vrai dialogue sur les bénéfices du droit d’auteur et de la gestion collective de droits.
Quels sont vos plans pour vos trois ou quatre premiers mois à titre de chef de la direction?
Bien que la SOCAN soit très engagée dans les discussions internationales et participe activement aux réunions de la CISAC, je vais devoir apprendre à beaucoup mieux la connaître. Je veux passer du temps avec le personnel, les membres du conseil et l’industrie musicale du pays en général. J’ai eu la chance de rencontrer des membres de la SOCAN à Edmonton, Toronto et Montréal et j’ai hâte de faire connaissance avec ses clients, petits et gros utilisateurs. Puis, je vais réfléchir à l’avenir de la SOCAN avec la direction et le conseil. Je crois la SOCAN en excellent état et disposant d’un bon plan stratégique pour faire face à d’éventuelles faiblesses, grâce à la ferme direction d’André LeBel depuis 10 ans.
Quelles sont vos priorités pour la SOCAN?
Nous devons prendre des décisions quant aux restructurations en cours et implanter les décisions déjà prises. Nous devons devancer l’évolution du marché, offrir des solutions innovatrices aux prochains modèles d’affaires pouvant bouleverser l’industrie, et renforcer nos liens avec les différentes branches du gouvernement fédéral. À titre d’organisation de taille moyenne, moderne et biculturelle, nous devons continuer à lutter pour le changement et l’innovation au sein des sociétés de droits du monde entier, tout en représentant honnêtement la cause de la créativité et du droit d’auteur sur la scène internationale.
Durant votre mandat à la CISAC, la SOCAN a-t-elle fait des contributions particulièrement importantes?
La SOCAN a participé activement à la CISAC. À titre de membre du conseil et président pendant plusieurs années du comité de gouvernance, André nous a aidé à transformer la CISAC. Le processus de prise de décision est devenu plus fiable et transparent, et ne discrimine aucune catégorie de membre, petit ou gros, du domaine des droits musicaux ou autre, et ce quelque soit le continent.
La SOCAN a aussi envoyé des participants exceptionnels à plusieurs rencontres de la CISAC, qui ont tous contribué à l’améliorer, incluant la mise sur pied des Règles professionnelles et Résolutions obligatoires qui devraient, à la longue, hausser la qualité de la gestion collective dans tout le réseau. Les membres de la SOCAN devraient en être fiers et, je l’espère, continueront d’en voir les résultats concrets sur leurs relevés de redevances.
Point de vue 2010
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