

PLACE AUX ÉDITEURS
Da Capo, au service de la guérilla
par Benoit Poirier
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| (Photo : Carl Valiquet) |
« Nous, la question qu’on s’est posée, c’était quelle est l’entité idéale avec laquelle un autoproducteur peut faire affaires pour tirer le maximum de sa création et de ses investissements en production, » explique Sébastien Hénault Blanchard, auteur-compositeur et président et cofondateur, avec l’ingénieur de son Julien Fortin, des Éditions musicales Da Capo.mu.
L’entreprise, dont le nom signifie « du début — recommencer du tout début de la partition » en langage musical, est née en pleine tourmente de l’industrie du disque, en avril 2008. Un peu plus de deux ans et demi plus tard, l’équipe comprend déjà une dizaine d’employés et de collaborateurs triés sur le volet, en plus de jouir d’ententes internationales de sous-édition. Et ce ne sont là que les prémices d’une nouvelle aventure. « On est vraiment au début d’une nouvelle ère et il faut penser les choses différemment. Parce que l’industrie du disque telle qu’on l’a connue depuis ses débuts, c’est un contexte qui ne reviendra plus jamais. Maintenant, c’est aussi facile de se faire couler un verre d’eau du robinet que de télécharger 25 albums. On ne peut pas nier cette réalité. Il faut vivre avec. Et il faut surtout être proactif. »
De plus, souligne Sébastien, la révolution informatique rend de plus en plus possible l’autoproduction d’un album, et ce, à un coût minime. Le problème, croit-il, c’est qu’aujourd’hui, les majors et les amateurs sont à peu près à armes égales : ils peuvent l’un et l’autre produire une bande maîtresse et la sortir. Or, déplore-t-il, le système est complètement aveugle et sourd à cette réalité. « On est encore dans une période d’ajustement. Moi, je vois certains signes qui disent que l’industrie et le marché commencent à se repositionner et à se restructurer dans le nouveau marché. Rien ne se perd, rien ne se crée : tout se transforme. C’est exactement là où on est. Mais, justement, d’après moi, il y a de plus en plus d’espace pour la création disons “indigène”. Autrement dit pour la “guérilla”. »
L’entreprise offre une panoplie de services, allant de l’enregistrement sonore au soutien administratif, en passant par les conseils légaux et sur le droit d’auteur et la promotion web, tant à l’intention des artistes que des entreprises. Dans le cas des premiers (Da Capo représente tout autant d’artistes de la relève que des noms établis), il peut s’agir par exemple de la gestion de carrière et de droits d’auteur, ici comme à l’étranger, d’assistance pour le financement d’un projet, de la gestion d’œuvres, voire de la promotion ou de la synchronisation de musique. Da Capo représente notamment Christian McBride, Danilo Perez Brandford Marsalis (jazz), Banjo Consorsium (folktronique), Jean-François Morin (folk), etc. (voir http:// dacapo.mu)
Pour les entreprises, Da Capo offre des services de doublage de voix, de signature sonore d’un événement, de distribution de catalogues ou encore de supervision musicale pour des productions cinématographiques, etc. « Fondamentalement, le rôle de l’éditeur est très simple : protection, récupération, développement. Là où on considérait que l’on pouvait élargir, c’est au niveau du développement. Notre but est beaucoup plus de démocratiser le service éditorial. Avant, ça n’avait aucun sens de faire ça. Aujourd’hui, ça en a un. C’est même une nécessité. Et ce qui nous différencie, c’est qu’on écoute les autres et on leur donne les mêmes conditions, du moins des conditions justes et équitables, dans un milieu qui ne l’est pas toujours. »
Cela dit, sauf exception, rien ne se fait instantanément. À l’inverse de ce qui était jadis la norme, pour qu’un produit offert en magasin suscite une demande, il faut d’abord qu’un engouement ait été créé par l’entremise de contenus web, de réseaux sociaux, de relations de presse et, surtout, de spectacles. En bref, l’artiste en devenir doit faire preuve d’engagement et de détermination. Et travailler fort. « On n’est plus à l’époque où “Bonjour Monsieur l’artiste. Vous avez beaucoup de talent, voici un chèque.” Ce n’est plus cette réalité-là du tout. C’est plutôt “T’as du talent ? Bravo. Alors, travaille ! Fais-le voir. Fais-le entendre. Place-le aux bons endroits. Mais n’attends pas que Sony vienne défoncer ta porte ; ils n’en ont rien à cirer.”. Ils ont un choix à n’en plus finir et leur question est plutôt : “Sur qui je gage, avec qui je suis sûr de rentabiliser ?” Le conte de fées, c’est fini ! Ça n’existe plus. Il y a des gens qui travaillent, c’est tout. Des gens qui veulent être sur la scène et qui sont prêts à se battre. Nous, on est là pour les aider à se structurer. »
Benoit Poirier possède plus de 20 ans d’expérience en rédaction. Il travaille comme contractuel pour diverses entreprises, principalement dans le secteur culturel. Ses premières collaborations à Paroles & Musique remontent à 2003.
En ligne depuis l’hiver 2010
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